Avant même que l’on connaisse les résultats des élections ce soir (l’article a été publié le 2 mai 2011), le Nouveau Parti démocratique aura réussi une percée historique. Non seulement le NPD a-t-il secoué l’échiquier politique au Québec et au Canada, mais il s’est aussi imposé comme force d’espoir dans un pays de moins en moins religieux. Son fondateur, Tommy Douglas, un pasteur baptiste, aura souri dans sa tombe. Comble d’ironie, le glas sonne depuis pour le Parti libéral, sinon pour sa célèbre philosophie: «On ne gagne pas une élection avec des prières.»


Dans la campagne qui s’achève, nul enjeu explicitement religieux n’a pris la vedette. Aucun parti non plus n’a affiché d’affiliation confessionnelle. À peine quelques incidents de nature éthique auront-ils distrait les médias avant que les sondages et leurs surprises n’accaparent l’actualité politique. Pourtant, on «compte» encore les votes religieux, on cultive les minorités où la religion est toujours importante. Sans occuper la place publique comme aux États-Unis, cet électorat détiendrait un pouvoir non négligeable.


Certains commentateurs s’interrogent en voyant des adhérents de certaines confessions tenter de faire passer leurs valeurs dans le discours politique. Plus encore, dit-on, les candidats cultivent des minorités dont les membres voteraient selon les mots d’ordre de leurs leaders. Même là où ces électeurs ne votent pas en bloc, quand une élection se joue entre plusieurs candidats, ces suffrages pourraient décider du résultat.


Dans le Canada d’autrefois, quelques chefs religieux incitaient à voter libéral ou conservateur. Comme on disait alors, «le ciel est bleu et l’enfer est rouge». Les quelques évêques qui s’aventuraient à le faire risquaient de semer la bisbille au sein du clergé. Un bon curé, au contraire, s’abstenait de prendre parti, sa paroisse comptant des partisans de l’un et l’autre camp. Et quand en 1956 des abbés dénoncèrent les moeurs électorales, ce fut après la campagne de Maurice Duplessis, non avant, et encore moins pendant.


Une exception: le candidat communiste. À l’époque, un maire de Trois-Rivières, J.-A. Mongrain, ayant eu l’audace de se porter candidat libéral contre le chef de l’Union nationale, la rumeur courut que cet enseignant défroqué était — dites-le à voix basse — «communiste». Dans Sainte-Marguerite, l’épicier de la paroisse, libéral mais bon catholique, fit venir le vicaire dans le backstore. «Est-ce vrai?», lui demanda-t-il. «On ne le sait pas, répondit le représentant de Dieu, mais il n’y a pas de risque à prendre.»


De nos jours, au Canada, la religion et la politique logent à part. Si un candidat de foi hindoue, par exemple, ou sikhe, ou même juive fait l’objet de suspicion, ce n’est pas pour ses croyances, mais plutôt pour quelque liaison étrangère. Aux États-Unis, où un Barack Obama doit exhiber son extrait de naissance, il n’est pas bon ces temps-ci d’être un candidat de foi musulmane, mais les chefs politiques américains affichent volontiers leur adhésion religieuse. Or, il en va autrement ici, comme le confirme la discrétion des leaders actuels.


L’histoire explique cette attitude. À l’époque où protestants et catholiques étaient souvent hostiles les uns aux autres, les conflits de religion étaient une menace à la cohésion politique du pays, sinon à la paix sociale. Le parti qui aurait courtisé ouvertement les catholiques du Québec risquait de perdre des votes en Ontario, et vice versa. Les leaders devaient donc, pour prendre le pouvoir, surmonter l’embûche confessionnelle. C’est ce qui vaut au Canada actuel de chérir officiellement sa tolérance.


Par contre, le pays ayant été fondé, dirigé et façonné par des Européens de culture chrétienne, il n’est pas mal vu pour les partis et leurs leaders de visiter les communautés d’autres cultures venues d’Asie ou du Moyen-Orient. La reconnaissance qui est ainsi donnée à leur apport à la société et à la vie nationale fait partie de la politique d’accueil envers les immigrants. Certes, longtemps les libéraux surent en tirer des avantages partisans. Que les autres partis en fassent autant de nos jours n’est toutefois pas scandaleux.


Le problème est ailleurs. Les électeurs qui vendaient autrefois leur vote pour un dix dollars ou une caisse de bière attiraient, certes, la pitié. Et les organisateurs d’élection qui pratiquaient ce trafic ne s’en vantaient pas. Aujourd’hui, l’achat des électorats se fait à coup de subventions aux entreprises régionales. Les circonscriptions acquises ou réfractaires sont laissées de côté. On ne gagne ni ne perd d’élection sur la foi de vraies politiques. Et c’est en toute honnêteté que se pratique cette corruption à ciel ouvert.


Paradoxalement, maintes organisations religieuses qui devraient combattre cette corruption n’y voient pas d’injustice. Certaines sont encore à s’infiltrer dans les coulisses du pouvoir dans l’espoir d’y faire prévaloir des privilèges ou des dogmes dont la société actuelle ne veut plus. Curieusement, s’il faut en croire les analyses, les fidèles les plus ardents auraient tendance à appuyer le Parti conservateur, alors que leurs Églises en réprouvent les mesures répressives à l’endroit des délinquants de tous âges.


En même temps, le Parti libéral qui avait, pour rester au pouvoir, emprunté aux conservateurs de telles mesures l’aura finalement fait en vain. Pour se rapprocher à son tour du pouvoir, même le NPD n’a pas craint, dans son programme électoral, d’inventer quelques mesures répressives. La balance du pouvoir tiendrait-elle à une philosophie carcérale? Ou à l’influence d’une ou deux minorités?


En tout cas, à voir le changement massif qui s’annonce aux urnes, il faut croire que les citoyens du pays recherchent une autre voie. Quelles que soient ses croyances, c’est le temps, cette fois, d’aller voter!



Jean-Claude Leclerc enseignant en journalisme à l’Université de Montréal
Le Devoir

Le pape Jean Paul II a été proclamé bienheureux dimanche par son successeur Benoît XVI, sous les vivats de la foule réunie place Saint-Pierre au Vatican pour une cérémonie qui a rassemblé plus d’un million de personnes dans la capitale italienne.


«Nous, accueillant le désir de nombreux fidèles, acceptons que le vénérable serviteur de Dieu, Jean Paul II, pape, puisse être déclaré bienheureux». À ces mots du pape, prononcés en latin, une immense clameur s’est élevée, les fidèles applaudissant à tout rompre sous un grand soleil, tandis que d’autres s’agenouillaient sur les durs pavés de la place.


Aussitôt une immense photo de Karol Wojtyla, bien avant sa déchéance physique due à la maladie, a été dévoilée devant la foule de fidèles parfois en larmes, dont certains ont crié «Santo Subito» («saint tout de suite»).


La cérémonie était suivie en direct en Pologne par des milliers de personnes massées malgré la pluie sur la grande place Pilsudski, près du centre historique de Varsovie, là où Jean Paul II avait lancé un appel en 1979 au Saint-Esprit à «venir rénover la face de cette terre».


Benoît XVI, portant une mitre et une chasuble ayant appartenu au pape défunt, a fixé au 22 octobre la date pour la «vénération» du «bienheureux» au nom duquel un autre miracle devra être accompli pour qu’il puisse accéder à la sainteté.


Puis deux religieuses, la Polonaise Tobiana Sobodka vêtue de noir, qui avait assisté le pape, et la soeur française toute en blanc Marie Simon-Pierre, la miraculée à l’origine de sa béatification, ont présenté à la foule des fidèles un reliquaire contenant une ampoule de son sang.


Dans son homélie, Benoît XVI a rendu hommage à la «force de géant» de son prédécesseur qui sut «redonner l’espoir au christianisme» face au marxisme et «inverser une tendance qui semblait irréversible».


Lors de la cérémonie, les moments forts de sa vie ont été rappelés: son passé d’ouvrier, d’archevêque de Cracovie, puis son pontificat de plus d’un quart de siècle (de 1978 à 2005), l’un des plus longs de l’histoire de l’Église catholique, marqué notamment par un attentat contre sa personne en 1981.


La préfecture de Rome a avancé le chiffre d’un million de personnes présentes dans la capitale, dont des centaines de milliers Place Saint-Pierre et dans les rues adjacentes, inconditionnels de celui que certains surnomment déjà «Karol le grand» et voient en lui un «saint».


Les Polonais étaient omniprésents -quelque 80 000-, avec drapeaux et banderoles. Mais aussi beaucoup d’Italiens, d’Espagnols et de Français (plus de 40 000) portant fanions et ombrelles aux couleurs vaticanes jaune et or.


Cette fête de béatification permet à l’Église de réaffirmer sa confiance en elle alors qu’elle est ébranlée par un grave scandale de pédophilie. Un scandale sur lequel Karol Wojtyla se voit reprocher par les associations de victimes d’avoir fermé les yeux ou de n’avoir pas réagi suffisamment, par un réflexe de défense de l’institution.


L’ambiance dans la foule était joyeuse et fervente malgré quelques moments d’énervement alors que toutes les rues adjacentes étaient bondées.


Prêtres en soutane ou en clergyman, religieuses de toutes obédiences, familles de milieux modestes ou bourgeois, jeunes sac à dos étaient côte à côte. De nombreux pèlerins suivaient la cérémonie sur quatorze écrans géants disséminés en ville. 800 prêtres ont donné la communion aux fidèles agglutinés autour du Vatican.


À l’issue de la cérémonie, les fidèles devaient défiler devant le cercueil couvert d’un drap bordé d’or, porté des Grottes vaticanes devant l’autel principal, une procession qui pourrait s’étirer jusqu’à la nuit.


Joseph Ratzinger a évoqué la longue agonie de son prédécesseur et «son témoignage dans la souffrance». «Dépouillé petit à petit de tout, il est resté un rocher comme le Christ l’a voulu», a dit Benoît XVI qui fut son bras droit et l’un des derniers à le voir avant son décès le 2 avril 2005.


Le processus de béatification du très charismatique pape polonais a été mené en un délai record de cinq ans et sept mois. Dès le jour des funérailles de Jean Paul II, de nombreux catholiques avaient crié place Saint-Pierre «santo subito».


87 délégations étrangères, dont 23 chefs d’État et de gouvernement, parmi lesquels le président zimbabwéen Robert Mugabe, banni de l’Union européenne, et des représentants de cinq familles royales avaient fait le voyage. La présence du premier ministre français François Fillon et du président de la Commission européenne José Manuel Barroso à cette cérémonie religieuse a été critiquée par les défenseurs de la laïcité.



Jean-Louis De La Vaissiere
Agence France-Presse


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Vatican – L’Église de Benoît n’est pas celle de Jean-Paul
Réginald Harvey, Le Devoir, 23 avril 2011


En passant du Polonais Jean-Paul II à l’Allemand Benoît XVI, du philosophe au théologien, l’Église catholique a-t-elle vécu des changements notables depuis le 19 avril 2005? Sur les plans dogmatique, politique, social et de la gouvernance, Joseph Aloïs Ratzinger dirige les destinées du Vatican depuis à peu près six ans jour pour jour; quels courants s’en dégagent? Lire.

Des chercheurs recommencent à fouiller les très, très riches archives secrètes du Vatican. Surprise! Ils y découvrent des choses cachées qui concernent le Québec, depuis la fondation de la Nouvelle-France jusqu’à la Révolution tranquille.


Quelle métropole a eu la plus grande influence sur le Québec? Paris ou Londres? New York ou Rome? Et pourquoi pas toutes ces villes?


«Grosso modo, ces quatre métropoles ont structuré notre société jusqu’à 1970-1980», explique le professeur de sociologie Jean-Philippe Warren, titulaire de la Chaire d’histoire sur le Québec de l’Université Concordia. «La France est la métropole pour la langue, les traditions populaires, le folklore et la grande culture, les idées, les livres, les arts; la métropole britannique a donné au Canada français ses institutions politiques; ensuite, New York va fournir la culture de masse envahissante très rapidement, dès la fin du XIXe siècle; puis la quatrième métropole, c’est Rome, avec le Vatican, qui apporte la religion et, à travers elle, bien d’autres considérations parareligieuses, qui touchent à l’éducation, au droit, au politique, au social.»


Et alors? Et alors, ce simple constat change la perspective sur la petite colonie réputée fermée comme un ciboire dans un tabernacle. «On colporte toujours le cliché de la société québécoise tricotée serré et frileuse, repliée sur elle-même et traditionnelle dans une Amérique ouverte, moderne et progressiste, poursuit le professeur. Ce qui me frappe plutôt quand j’étudie cette histoire, c’est le métissage mondial. Et ce qui me frappe aussi, c’est que les historiens n’ont pas encore construit une vision d’ensemble, notamment de la dynamique vaticane.»


On y arrive donc. Après avoir beaucoup fouillé ici, les savants élargissent l’horizon et développent des perspectives comparatives. Le Musée de la civilisation de Québec prépare un survol de 2500 ans d’histoire de Rome en quelque 300 oeuvres, première grande expo-synthèse autour de cette idée phare des métropoles essentielles. Le colloque Les archives du Vatican: pistes et défis pour la recherche sur le Québec et l’Amérique française continue l’exploration par d’autres moyens.


La rencontre sera organisée à Rome les 5 et 6 mai. Des douzaines de chercheurs sont attendus au Consiglio nazionale delle ricerche, sur la place A. Moro. Une douzaine de partenaires institutionnels, dont la délégation du Québec à Rome, participent à l’organisation des rencontres savantes.


«Je suis devenu la cheville ouvrière d’un projet qui me dépasse largement, explique le professeur Warren, en parlant de ce colloque. Le maître d’oeuvre, c’est le professeur italien Matteo Sanfilippo, grand spécialiste du domaine, qui a publié de nombreuses études. Ce projet de faire parler les archives du Vatican sur l’Amérique francophone, un chantier ouvert dans les années 1990 par les Italiens, a connu une baisse au début des années 2000. On espère restimuler la recherche dans ce labyrinthe inextricable parce que, à partir des archives du Vatican, il y a possibilité de reprendre la question québécoise et la question canadienne-française de manière originale.»


Les coûts ont ralenti les travaux pionniers des chercheurs italiens, souvent encouragés par feu le professeur Pierre Savard de l’Université d’Ottawa. En plus, il faut maîtriser l’italien et le latin pour lire une bonne partie des documents. La masse himalayenne de documents à éplucher, répartie sur 85 kilomètres linéaires de tablettes, finit aussi par décourager. «C’est comme si à la Bibliothèque nationale il y avait un troisième sous-sol oublié, négligé, mais bourré de documents importants et méconnus», résume M. Warren.



Louis XIV, Rome et la Nouvelle-France


Il cite alors l’exemple de la gigantesque salle des index des Archivum Secretarum Vaticanum, où se trouvent «trois immenses volumes» pour les seuls documents concernant le Canada. Et ce ne sont que les index, pas les archives elles-mêmes. Il faut ajouter les index sur la Nouvelle-France et ceux concernant l’Amérique française contenus dans les volumes sur les États-Unis, le Commonwealth, la France ou la Grande-Bretagne pour mesurer l’ampleur des informations à fouiller dans plusieurs centaines de boîtes d’archives. Pour la seule période 1922-1939 qui vient de s’ouvrir à la consultation, il y aurait entre 200 et 300 boîtes «canadiennes» non classées.


«Franchement, les chercheurs ont eu peur et nous, nous tentons de relancer ce chantier, commente alors M. Warren. La cartographie même des contenus reste à faire. On est en pleine terra incognita et on a peur de subir le sort du docteur Livingston en se perdant dans la brousse.»


Le colloque, à mi-chemin entre l’atelier de travail et le symposium, rassemble des historiens, des politologues, des archivistes, et même des muséologues. Roberto Perin, de l’Université York, prononce l’adresse inaugurale en parlant de Rome, des relations internationales et de la question nationale avant la Seconde Guerre mondiale. La Nouvelle-France occupe une bonne part du reste de la première journée. Le professeur Giovanni Pizzorusso (Université Gabrille D’Annunzio) analyse par exemple les révélations sur cet ancien régime dans les archives du Saint-Office.


«Au moment de la Nouvelle-France, le Roi-Soleil consacre un budget [des dizaines de fois] plus important pour son ambassade à Rome que pour toute sa colonie de la Nouvelle-France. Rome, c’était un lieu de pouvoir fabuleux où se prenaient des décisions capitales. Si le Brésil parle portugais, c’est qu’un pape en a décidé ainsi en divisant le monde. Par contre, je ne m’attends pas à de grandes épiphanies historiennes. Il n’y a pas beaucoup de surprises en historiographie. Mais des choses se cristallisent. [...] Mon hypothèse forte, c’est que toute institution a ses continuités.»


Le Canada français compte autant qu’un pion sur l’échiquier mondial. Une des obsessions papales concerne la conversion des anglicans au catholicisme. Au XIXe siècle, le Saint-Siège croit pouvoir infléchir la Couronne britannique, et la carte de l’Amérique française est jouée dans cette perspective. «Il y a un hiatus entre le haut clergé et le bas clergé, explique le spécialiste. Le premier est plus nationaliste et le second, choisi en fonction des intérêts mondiaux, se fait plus conciliant et ne pense pas nécessairement en terme de préservation de la langue et de la culture.»


Une des premières encycliques pontificales portant sur un pays en particulier, Affari Vos (1897), porte d’ailleurs sur le litige des écoles confessionnelles du Manitoba. Léon XIII se prononce à la demande de Wilfrid Laurier, élu l’année précédente.


À l’ouverture de la prochaine tranche des archives, celle d’après 1939, le professeur Warren espère comprendre le rôle joué en 1950 par la haute hiérarchie vaticane dans l’éviction de Mgr Charbonneau, jugé antiduplessiste. Il sera aussi possible de juger l’influence de Vatican II sur la Révolution tranquille, deux événements synchrones. Là encore, selon la formule, «Rome a parlé».


Les spécialistes souhaitent se réunir tous les deux ans. Éventuellement, avec relativement peu d’argent (quelques centaines de milliers de dollars), il serait possible de numériser toutes les archives pour en démocratiser l’accès. Des présentations traiteront de cette nouvelle et prochaine vie numérique des trésors.


«C’est un objectif concret, conclut le professeur Warren. Une fois la numérisation complétée, l’économie sera considérable. En tout cas, on n’aura pas besoin de se déplacer jusqu’au coeur de la métropole romaine pour fouiller des archives sur le Québec et l’Amérique française…»



Stéphane Baillargeon
Le Devoir

Les nombreux formats inusités en assurent la pérennité, du texte à l’hypertexte


«On a ça ici?», lance le caissier ébaubi de Chapters en voyant atterrir la Bible sur le comptoir, sandwichée entre deux vains prétextes, Food Rules de Michael Pollan et Utopie de Thomas More.


«Ben, ouais… à côté du rayon de la psycho-pop», l’informai-je, hésitante. Que ce Loblaw du livre vende des tapis de yoga et des théières en inox, rien de plus banal, mais trouver le best-seller de tous les temps écoulé à six milliards d’exemplaires à côté de Qui a piqué mon fromage?, c’est vrai, ça peut déstabiliser.


J’ai observé ma nouvelle bible. D’une banalité désarmante — 7,95 $, collection «Succès Poche» des éditions Succès du Livre —, elle a été achetée pour remplacer cette TOB (traduction oecuménique de la Bible) offerte par ma grand-mère et jetée par étourderie (ma mère m’a aussitôt accusée de profanation, mais ça, c’est une autre histoire). Puis je me suis demandé où on trouvait encore la Bible et comment elle s’en tirait dans cette modernité chatouilleuse sur les croyances.


Naïve, va. D’abord, la surprise d’un commis-caissier cégépien n’est pas le signal que le livre des livres soit en voie d’extinction, même s’il est proportionnellement le moins lu parmi les plus vendus.


«La Bible n’a pas besoin d’être modernisée, c’est le plus vieux livre qui soit toujours d’actualité!», assure Claire Tremblay, conseillère depuis près de 20 ans pour la Société biblique canadienne à Montréal. Elle me glisse que ses traductions sont revisitées chaque quart de siècle, évolution de la langue oblige, et que la Bible coule toujours des jours heureux. Les 140 sociétés bibliques à travers le monde en distribuent environ 500 000 exemplaires francophones chaque année. Traduit à partir des trois langues originelles — l’hébreu, le grec et l’araméen — en plus de 2454 langues, le saint livre aura sous peu son adaptation en langue mohawk.


La Maison de la Bible de cette Société propose tout de même quelques formats plus contemporains à sa clientèle composée autant d’universitaires en théologie et d’(arrière)-grands-mères que de curieux.


Il existe par exemple cette bible à la structure grammaticale simplifiée. Parole de vie couvre la Bible d’un couvert à l’autre en utilisant 3500 mots différents et des illustrations. Ces jours-ci, la conseillère Johanne Boisseau lit Femme à l’écoute, une bible pour dames avec des encadrés sur le célibat, l’éducation des ados et la gestion d’un mari. Les hommes, eux, n’ont toutefois pas la leur. «Les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans les milieux religieux. Elles cherchent des réponses alors que les hommes sont plus rationnels», tente Mme Boisseau.


La webosphère contient tout de même des trouvailles pour ces messieurs. Comme cette bible imperméable pour pêcheurs et chasseurs (eBay offre une variante à jaquette rose «parce que les bains moussants et la bible vont si bien ensemble»). Sur le site de vente aux enchères, en plus des versets récités sur 22 audiocassettes et de ce modèle recouvert de jeans pour les étudiants qui graduent, une Bible est aussi offerte aux busy moms, reliée en capsules d’une minute pour adoration rapide entre l’allaitement et un changement de couche.


Dans son hilarant essai L’année où j’ai vécu selon la Bible (2007), le journaliste new-yorkais A. J. Jacobs tente de suivre les Écrits aussi littéralement que possible. L’auteur, juif et laïque, s’est approvisionné en diverses traductions pour entamer sa quête et raconte avoir reçu une bible hip-hop dans laquelle le psaume 23 commence par «Le Seigneur déchire grave» plutôt que «Le Seigneur est mon berger».


Preuve qu’il y a une bible pour tous les types d’individus, en lui parlant de celle-ci, Johanne Boisseau me confirme qu’il existe même une Biker’s Bible offerte par l’Association de motards chrétiens Maranatha. Rock on.


La Bible a aussi amorcé son passage du texte à l’hypertexte sur des applications pour iTéléphones et autres iTablettes. Testée sur mon iBaladeur Touche, la Holy Bible de YouVersion.com propose 41 traductions et une forêt de plans de lecture. Je peux ainsi traverser de la Genèse à l’Apocalypse en 90 ou 365 jours, ou encore recevoir à mon réveil un passage choisi au hasard selon les soucis de mon choix, comme les troubles alimentaires, le sexe, le potinage, l’amitié ou, mon favori, l’anxiété.


À noter: cette iBible est d’un enthousiasme débordant pour partager mes lectures sur Facebook et Twitter: dès que mon pouce flâne trop longtemps sur un passage à l’écran, l’hyperactive application m’enjoint de le partager avec cette infinie communauté virtuelle. Bienvenue dans l’intimité du 2.0, où on ne peut même plus lire en paix.


Un best-seller mondial


Mais revenons à nos moutons. Donc, évidemment que le best-seller mondial est encore vendu, offert, demandé, multiplié. «Dans les chambres d’hôtel, vous pouvez même partir avec la bible, elle est là pour ça», m’informe Claire Tremblay (même si le larcin est un peu contradictoire puisque tout le monde sait que «Tu ne voleras point», Deutéronome 5, 19)…


Les nouveaux établissements hôteliers branchés viennent toutefois rompre la lune de miel entre les Saintes Écritures et la table de chevet. La Bible ne séjourne pas dans les hôtels Opus, Le St-Martin, Alt ou Gault, pas plus qu’au W. Manifestement, les portes ne sont pas toutes ouvertes aux Gédéon, cette association chrétienne qui parcourt le globe pour fournir la Bible aux hôteliers.


Au palais de justice, bien que le Mouvement laïque québécois veuille qu’il en soit autrement, il est toujours possible de jurer sur la Bible, même si les déclarations solennelles ont plutôt la cote. La traduction oecuménique de la Bible (TOB), qui vient de célébrer ses 50 ans, a quant à elle vu sa distribution flétrir avec le remplacement de la catéchèse par les cours d’éthique et de culture religieuse.



Une place dans les chaumières


Mais la Bible a toujours sa place dans les chaumières, tapie dans l’ombre d’un garde-robe ou à vue dans la bibliothèque, comme l’a révélé ce sondage de la maison Folie-Boivin-Zuckerberg. La TOB d’Amélie est le vestige de ses années dans un collège catholique et elle en a personnalisé la couverture du fleurdelisé.


André a délibérément sauté sur la traduction de la Bible de Fayard, plus littéraire celle-là. Ex-étudiante en histoire de l’art, Valérie a acheté une bible afin de mieux saisir les oeuvres étudiées. Pour finalement ne rien comprendre au texte et lâcher le baccalauréat. Dans un élan de vérité, Éric confie avoir une bible, un Missel Quotidien et Vespéral, ainsi que deux chapelets glow in the dark.


«Qu’on soit croyant ou pas, on considère toujours la bible comme un trésor. Elle demeure un livre sacré sur ce qu’il reste de Dieu. C’est pour cette raison que les gens la conservent, même s’ils ne l’ouvrent jamais», confie Johanne Boisseau.


Mon amie Chantal a préféré donner sa TOB car «on ne met pas une bible au recyclage», dit-elle. C’est profaner, j’imagine? demandai-je à Mme Boisseau, qui avoue avoir retourné à la terre une bible qui en arrachait. «Pas du tout. Les Écritures sont sacrées. Mais la Bible demeure un livre.»


***


Une Bible mythique. New York étant à Pâques ce que la Bible est à Gutenberg, ceux qui s’évaderont dans la Grosse Pomme pour le week-end pascal pourront passer à la New York Public Library pour observer le plus vieux livre imprimé en série. Il ne reste que 48 exemplaires du plus célèbre livre de l’imprimeur allemand Johannes Gutenberg. En plus de celle-ci, datant de 1455, huit autres Bibles sont hébergées aux États-Unis. http://www.nypl.org/events/exhibition/2009/05/31/gutenberg-bible.



Émilie Folie-Boivin
Le Devoir


Does Christianity Have a Future?
BBC One, UK, 2011, 60 min


According to some, Christianity in the UK has no future. Closure of churches and falling attendances in the last few decades appear to show that the Christian faith is in terminal decline.


Ann Widdecombe examines the evidence, and discovers at least three areas of Christian growth which are bucking the trend – immigration into the Catholic Church, the Alpha course and the Black Pentecostalist Churches.


But even if these do arrest the decline, what about the very long term? Can Christianity survive in a world in which the young seem even less interested in Christianity than their parents? And in such a world, how is it possible to justify an established Church of England and all its privileges?

On parlait justement (brièvement) d’Andres Serrano y’a un mois dans le cadre du Soul Friday #34 :



Mise en contexte



Pour «Libération», l’artiste Andres Serrano réagit à la suite de la destruction de son oeuvre. Un entretien à lire en intégralité dans notre édition de mardi.


Pour son créateur, c’est une immense surprise, «surtout en France». Une oeuvre d’Andres SerranoPiss Christa été détruite dimanche matin. La photographie de l’artiste américain, représentant un crucifix baignant dans l’urine de l’artiste, a été vandalisée dans les locaux de la collection d’art contemporain Yvon Lambert à Avignon (Vaucluse) par un commando vraisemblablement composé de catholiques intégristes.


«Franchement, je ne m’y attendais absolument pas, surtout en France où je bénéficie de beaucoup de soutiens, a déclaré l’artiste à Libération, dans une interview à paraître en intégralité demain mardi dans le quotidien. Je suis choqué de voir que ce traitement puisse être réservé à une photographie qui a été prise il y a près de trente-cinq ans (…) Dans mon pays, la contestation n’est jamais allée jusqu’à la violence qui s’est exprimée à Avignon.»


Depuis début avril, l’exposition faisait l’objet de vives protestations de la part de nombreux mouvements catholiques, en particulier intégristes. L’Institut Civitas, qui se présente sur son site internet comme «une oeuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France» militant pour «l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples», a lancé une pétition contre l’oeuvre. Le directeur de la collection, Eric Mézil, avait déjà fait état de plusieurs centaines d’appels téléphoniques et de courriels «injurieux» après le lancement de la pétition.


Samedi, une manifestation réunissant quelque «800 ultra-conservateurs et jeunes intégristes», selon la direction, l’a obligé à fermer le musée. L’évêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, avait également demandé le retrait de l’oeuvre, dénonçant un cliché «odieux» qui «bafoue l’image du Christ sur la croix, coeur de notre foi chrétienne».


Andres Serrano, qui se dit «artiste chrétien», rejette ces critiques: «Mes titres ont un caractère littéral et sont tout bonnement descriptifs. Si je réalise un monochrome de lait ou de sang, j’appelle cela “lait” ou “sang”L’intitulé ne contient aucune hostilité envers le Christ ou la religion. Il est simplement une description.»



Libération, 18 avril 2011


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Je n’ai aucune sympathie pour le blasphème»
Vincent Noce, Libération, 19 avril 2011


En exclusivité pour Libération, l’artiste réagit à la destruction, dimanche par un groupe intégriste, de deux de ses œuvres, dont Piss Christ, au musée d’art contemporain de l’hôtel de Caumont, à Avignon, qui accueille la collection Lambert. Lire.


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«Piss Christ» : le musée ouvrira malgré les menaces de mort
Libération, 18 avril 2011


La direction a réclamé une protection auprès de la préfecture. Celle-ci dépêchera «les renforts nécessaires».


La tension monte d’un cran à Avignon. Le musée d’art contemporain d’Avignon – où s’est produit dimanche la vandalisation du Piss Christ d’Andres Serrano – ouvrira bien ses portes mardi, comme prévu. Mais en raison des appels aux meurtres qui ont succédé aux menaces de tout détruire, la préfecture et le musée ont décidé de renforcer le dispositif policier dans et autour des locaux de la collection Lambert. Lire.


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Avant Piss Christ, ces œuvres qui ont scandalisé les chrétiens
Chloé Bossard, Libération


Des catholiques intégristes ont saccagé la photo d’un crucifix plongé dans l’urine dimanche à Avignon. L’art contemporain a souvent crispé la communauté chrétienne. Exemples.

‘Les opposants à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) organisent une rencontre, samedi à Québec, pour souligner le 10e anniversaire du Sommet des Amériques …


… Il y a 10 ans, la ville de Québec ressemblait à une ville assiégée, en préparation de l’événement. Du 20 au 22 avril 2001, 34 chefs d’État et de gouvernement des Amériques s’étaient réunis à huis clos au Centre des congrès de Québec pour discuter de mondialisation et de libre-échange.’


C’était le deuxième show ever de Mi Amore et c’était sur une scène de l’Îlot Fleurit à Québec – fabriquée par Cooke-Sasseville si je me souviens bien – avec les Fifth Hour Hero.


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Vue du Sommet
Magnus Isacsson, Canada, 2001, 75 min 15 s


Documentaire sur le Sommet des Amériques de 2001. Québec a des allures de ville assiégée. Alors que, dans le périmètre de sécurité, les invités des milieux politique et financier discutent des accords de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), des groupes de citoyens, venus de partout sur le continent, manifestent leur opposition dans les rues. La majorité d’entre eux entendent le faire dans le calme. D’autres, non. La fin de semaine s’annonce chaude. Elle le sera. Caméra à l’épaule, sept équipes de tournage ont suivi les événements dans Québec à demi asphyxiée par les gaz. En anglais avec sous-titres français.

‘Pierre Gauvreau (né le 23 août 1922 à Montréal et mort le 7 avril 2011) est un artiste peintre et auteur québécois, aussi scénariste, réalisateur de télévision et producteur de cinéma. Peintre automatiste, il est l’un des signataires du Refus global


'Popcorn et gomme baloune' (1960) par Pierre Gauvreau

En 1998, à l’occasion des 50 ans de Refus global, Le Devoir a rencontré Pierre Gauvreau, l’un des signataires, dans son atelier-résidence de Saint-Armand. Nous publions aujourd’hui des extraits de cette entrevue.


Il avait 25 ans le jour où il a décidé d’endosser Refus global. Cinquante ans après cette bouffée de rage envoyée à la face d’une société étouffant les écarts de conduite tapageurs, Pierre Gauvreau évoque le brûlant texte avec des pointes de déception dans la voix. Il s’agissait d’un cri de révolte en 1948; malgré un contexte différent, ça l’est encore aujourd’hui. Parce que la société persiste à faire la sourde oreille.


«La société dans laquelle on était obligés de vivre était néfaste parce qu’elle nous empêchait de vivre les aventures de notre époque. Nous considérions que les religions, comme systèmes d’explication de l’univers, étaient largement dépassées et qu’elles servaient à maintenir les gens dans l’ignorance. Quand on sort d’une guerre qui a duré cinq ans et qu’on retombe dans une société dirigée par Maurice Duplessis, avec la Loi du cadenas, les évêques, les dénonciations, la censure et tout ce que vous voulez, c’est inacceptable, ça révolte! Refus global est arrivé au moment où on a dit: “On ne peut plus endurer ça sans protester.”»


[...] «Au point de vue fondamental, rien n’a changé. Absolument rien. Refus global, c’était un refus généralisé d’aborder la question de la religion, et on ne l’aborde toujours pas. Les questions posées par Gauguin: “D’où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?”, on n’y a pas répondu. La société dans laquelle nous vivons actuellement base sa prospérité sur le fait qu’elle nous garantit que nous n’avons aucune question à nous poser.»



Société de consommation


Pierre Gauvreau a transféré sa rébellion, jadis portée sur le pouvoir de la religion, sur cette «société de consommation» qui a pris le relais comme «occultrice» d’idéaux.


Cette même société commande une célébration autour de la parution du manifeste «alors qu’il n’y a rien à célébrer. Voilà une des absurdités de la société de consommation: décider de célébrer quelque chose tout simplement à cause d’une date. C’est une attitude primaire, pour ne pas dire primitive, que de célébrer quelque chose uniquement sur la base d’une date anniversaire. Mais tout ça ne dénote absolument aucun intérêt pour le contenu du manifeste, ni même son histoire. Je suis d’ailleurs toujours assez surpris de rencontrer des gens qui ont des opinions très arrêtées sur Refus global mais qui — et on s’en rend compte en grattant un peu — ne l’ont même jamais lu.»



Les mythes de Refus global


[...] Pierre Gauvreau se rappelle le long silence qui a suivi la publication du manifeste, un mutisme d’autant plus difficile pour ceux des signataires, comme lui, qui sont restés au pays, n’optant pas pour la voie de l’exil. «Bien sûr, on ne s’attendait pas à ce que tous les gens qui fréquentaient nos expositions, les journalistes qui avaient des positions assez critiques sur Duplessis, nous emboîtent le pas. Mais un silence tel que celui qu’on a observé, pendant près de 20 ans? Non, on n’aurait pas pu prévoir cela.»


Dans Le Devoir du 25 septembre 1948, Gérard Pelletier livre sa position sur le manifeste. «Nos amis nous pressent de formuler notre opinion sur cette profession de foi d’un groupe de jeunes. J’accepte même et trouve normal que ces jeunes automatisent avec férocité. Il est vrai que notre pays manque de maîtres, il est vrai qu’une grande inquiétude travaille la jeunesse et qu’elle cherche toute seule des voies qui débouchent sur la lumière.»


Pierre Gauvreau rigole: «C’est l’une des seules défenses que nous avons eues à l’époque. Il a fait un appel à l’indulgence en disant: “Pardonnez-leur, ces jeunes-là sont à la recherche de Dieu.” Un groupe d’entre nous a réagi en disant: “Ce n’est pas du tout cela. Et si Dieu existe, de toute façon, on est du bord du diable!”»


[...] Cinquante ans plus tard, les mythes circulent toujours autour de Refus global et s’enracinent. «On parle toujours de Borduas et de ses disciples, et l’image que ça charrie, c’est celle du maître et d’une dizaine de petits gars autour qui écoutent. Ce n’était pas la réalité! On était adultes. Moi, je revenais d’un séjour outre-mer où j’avais servi comme officier: est-ce que ça ne faisait pas de moi un adulte, ou juste un petit gars qui suivait Borduas?»



Un cri à entendre


Manifeste nationaliste, Refus global? «Jamais! Borduas a déjà dit qu’il haïssait les nationalistes!» Manifeste né de la pensée d’un groupe structuré? «Nous ne formions pas une association ou un club sélect, contrairement à ce que croient les gens. C’était disparate, très lâche comme structure. Tout ce qui nous regroupait, c’était la voie de l’automatisme, chercher à s’exprimer le plus librement possible en tant qu’individus.» Manifeste, oeuvre des peintres automatistes? «On oublie tous les autres! Il y avait ce psychiatre, très connu de par le monde, Bruno Cormier, et puis les femmes, qu’on a eu tendance à oublier.»


Dans son atelier de Saint-Armand, oasis de lumière et de fleurs propices à la création sous toutes ses formes, Pierre Gauvreau hausse le ton et lève le poing lorsqu’on lui demande s’il garde espoir que le cri soit entendu. «Garder espoir? Bien sûr que je garde espoir! Dieu n’existe pas, merde! Dieu n’existe pas! On ne va pas continuer à dire le contraire parce que quelqu’un va nous taper sur les doigts ou parce que ça fait pleurer maman! Il faut devenir adultes à un moment donné, non? La société n’a pas le choix. Elle peut bien retarder et repousser l’échéance, mais la question la rattrapera bien un jour.»



Marie-Andrée Chouinard
Le Devoir


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Salut! Pierre Gauvreau
Catherine Perreault, Le Blogue ONF.ca, le 8 avril 2011


Un très grand Québécois vient de nous quitter. Tour à tour artiste peintre, auteur, réalisateur et cinéaste, Pierre Gauvreau laisse derrière lui une œuvre colossale et un héritage artistique qui a su marquer la scène culturelle et médiatique québécoise. Il est décédé hier soir d’insuffisance cardiaque à l’âge de 88 ans. Lire.


'Quand le miroir répond / Les crevasses incantatoires' (1955) par Pierre Gauvreau

On l’ajoute à la liste :


OTTAWA – Les groupes évangélistes s’invitent dans la campagne électorale. Un regroupement d’associations ultra-religieuses du pays a lancé un site Internet invitant les croyants à s’impliquer dans l’élection pour donner un coup de main aux candidats ayant endossé les projets de loi pro-vie à la Chambre des communes. Un seul québécois se qualifie à leurs yeux: le candidat conservateur dans Brome-Missisquoi, Nolan Leblanc Bauerle.


Le groupe «On it! Vote, pray serve» (On s’y attaque: votons, prions, servons) a été révélé au grand jour aujourd’hui par Radio-Canada. Le mouvement rassemble les groupes tels que REAL Women et 4MyCanada, qui prônent le retour aux valeurs traditionnelles, ou encore le groupe pro-vie Campaign Life Coalition. L’avortement, l’euthanasie, le mariage homosexuel et la reconnaissance des droits des personnes transgenres sont dans leur mire.


Sur le site, chaque député fédéral sortant est évalué selon son vote sur neuf initiatives: le mariage homosexuel (2005 et 2006), le rehaussement de l’âge du consentement sexuel de 14 à 16 ans, la reconnaissance d’une deuxième victime lorsqu’une femme enceinte est attaquée, l’imposition de peines minimales pour le trafic d’enfants, l’euthanasie, le financement des avortements à l’étranger dans le cadre du sommet du G8, la criminalisation du fait de contraindre une femme à se faire avorter et la reconnaissance du changement de sexe comme motif interdit de discrimination.



Les bloquistes, ces impies


Au total, les élus conservateurs sortent triomphants de cette analyse: 82 d’entre eux obtiennent une note parfaite et 53 autres obtiennent une note de passage. Seuls Lawrence Cannon et Josée Verner obtiennent un «F».


À l’autre extrémité, le Bloc québécois ne trouve jamais grâce aux yeux de On it! Les 45 députés évalués obtiennent tous un échec, sans exception. Les libéraux ont 54 échecs, trois notes parfaites (John McKay, Dan McTeague et Alan Tonks) et 18 notes de passage. Le NPD obtient 33 échecs et deux notes de passages, mais aucun «A».


Le site, qui se dit non-partisan, poursuit en fournissant une longue liste de candidats à l’élection méritant l’aide des électeurs mettant Dieu au sommet de leurs priorités politiques. La presque totalité sont conservateurs. Un seul candidat se qualifie au Québec. Il s’agit du conservateur Nolan Leblanc Bauerle. Le site mentionne qu’il a manifesté de «fortes valeurs familiales». M. Leblanc Bauerle tente de déloger le Bloc québécois dans Brome-Missisquoi.


Le site invite les militants religieux à s’impliquer dans le processus démocratique. Il suggère de devenir bénévole pour les députés ayant voté de la bonne manière sur les questions morales. Il propose de s’impliquer dans les circonscriptions où le résultat risque d’être serré afin d’aider le candidat moral à l’emporter. Il recommande aussi de contacter Élections Canada pour travailler le jour de l’élection ou encore de devenir scrutateur pour un des candidats.


Le site, enfin, dresse une liste de lieux de prière à caractère politique. Il suggère aussi aux gens de consulter le site électoral du réseau CTV, le seul média grand public cité sur le site.



Hélène Buzzetti
Le Devoir

MÉTABETCHOUAN-LAC-À-LA-CROIX – Le maire de Saguenay Jean Tremblay a parfaitement le droit de se battre pour réciter la prière à l’Hôtel de ville, a soutenu Gilles Duceppe, aujourd’hui


La croisade du maire Tremblay en faveur de la prière catholique a rattrapé la caravane électorale du Bloc québécois, de passage cette fin de semaine au Saguenay-Lac-Saint-Jean.


Alors que des candidats conservateurs affichent ouvertement leur sympathie pour la cause du maire de Saguenay, les candidats bloquistes préfèrent la discrétion, refusant d’alimenter la polémique.


Le député sortant de Chicoutimi-Le Fjord, Robert Bouchard, et les candidats Pierre Forest (Jonquière-Alma) et Claude Pilote (Roberval-Lac-Saint-Jean) ont choisi des ne pas étaler leur opinion sur la question, a indiqué le chef du Bloc, Gilles Duceppe, en point de presse à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix.


«C’est leur choix, je leur ai demandé ce matin. Il y a un cas devant la cour et la cour jugera. En société démocratique, on doit vivre avec les jugements de cour, c’est comme ça que se passe et nos députés respecteront ce jugement», a dit M. Duceppe, entouré de ses candidats, sur les terres d’une vaste entreprise familiale agricole.



Un dossier épineux


Sous le couvert de l’anonymat cependant, des bloquistes bien en vue dans la région ont confié «marcher sur des œufs» dans ce dossier épineux qui suscite des réactions partagées et émotives au Saguenay-Lac-Saint-Jean.


Même M. Duceppe, un défenseur convaincu de la laïcité et de la séparation de l’Église et de l’État, semblait ce matin vouloir ménager la susceptibilité du maire. Ainsi, loin de critiquer la croisade de M. Tremblay pour la récitation du Notre Père au conseil de ville, le chef du Bloc a défendu son droit inaliénable de faire appel aux tribunaux pour défendre ses vues.


«C’est une question de droit, il a le droit d’utiliser les recours juridiques à sa disposition. Nous ne sommes pas dans une société où certains auraient le droit d’utiliser des recours et d’autres pas. C’est peut-être la volonté de M. Harper dans bien des cas mais ce n’est pas la mienne», a insisté le leader du Bloc.


Le maire de Saguenay conteste une ordonnance du Tribunal des droits de la personne de retirer le crucifix et de mettre fin à la prière dans la salle du conseil.


Parmi les conservateurs qui voient d’un bon oeil la cause du maire Tremblay figure le député sortant de Jonquière-Alma et ministre de l’Agriculture et des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn. Le premier magistrat de Saguenay a exercé un «leadership important» dans un débat qui, aux yeux de M. Blackburn, met en relief les valeurs collectives issues de la religion catholique.


Après avoir refusé une première fois de se prononcer sur la question, le candidat bloquiste Claude Pilote a finalement déclaré aux journalistes qu’il partageait la position de son chef sur la laïcité et la nécessaire séparation des affaires de la foi et de la Cité.


Selon lui, cette affaire de prière à l’Hôtel de ville de Saguenay préoccupe fort peu les électeurs de la région. «Il n’y a aucun enjeu sensible de ce coté-là, je fais du porte-à-porte, (je visite ) des usines, des industries et je n’ai eu aucune question sur ce dossier», a-t-il dit.



Agriculture


Les électeurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont certes d’autres chats à fouetter, comme les effets du déclin de l’industrie forestière et le manque de relève agricole. À cet égard, le chef du Bloc a proposé une série de mesures totalisant 100 millions de dollars pour favoriser la relève en agriculture.


M. Duceppe suggère en outre d’accroître la déduction pour gains en capital de façon à encourager le maintien des activités agricoles, d’aplanir les obstacles au transfert et à l’acquisition des fermes et de constituer un régime d’épargne-transfert agricole avec contribution de l’État.


Aussi, le Bloc demande au gouvernement fédéral de transférer au Québec une enveloppe récurrente pour favoriser la relève dans le secteur agricole.



La Presse canadienne
Le Devoir

http://www.ledevoir.com/politique/elections-2011/320797/la-polemique-sur-la-priere-a-saguenay-rattrape-la-campagne-du-bloc


April 5, 2011 on Fox News



‘Now the renegades are the people
With their own philosophies
They change the course of history


Everyday people
Like you and me …’


Reportage de l’émission Enquête présenté sur les ondes de Radio-Canada, jeudi le 10 février 2011


‘Ils mènent une lutte à finir contre l’avortement et le mariage gai. Ils sont persuadés que nous vivons dans un univers décadent sous l’emprise du péché. Ils croient que la fin du monde approche et que le Canada est prédestiné à jouer un rôle de premier plan dans le retour du Christ sur terre.


Ces chrétiens évangéliques ont un accès privilégié à Ottawa. En outre, plusieurs députés conservateurs, eux-mêmes très religieux, s’affichent publiquement dans des manifestations de ces chrétiens born again, qui tentent d’influencer des décisions du gouvernement Harper.’


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Des fous de Dieu chez les conservateurs
Hélène Buzzetti, Le Devoir, 7 avril 2011


OTTAWA — Taïwan, janvier 2011. Christine Smith (nom fictif) est à bord d’un avion quand soudainement elle se sent mal. La députée libérale fédérale est allergique aux fruits de mer et elle a mangé plus tôt dans un restaurant où flottait une forte odeur de fumet de poisson. Pourtant, ce n’est pas tant le choc anaphylactique de leur collègue qui ébranle les autres députés présents que la réaction des trois élus conservateurs. Non, Mark Warawa, Jeffrey Watson et Blaine Calkins n’ont pas prodigué des soins médicaux. Ils se sont plutôt approchés de la malade, se sont agenouillés, ont apposé leurs mains sur sa tête et ont… entamé des incantations et des prières.


Cette anecdote est peu connue sur la colline parlementaire, et pour cause. Ceux qui ont été témoins de la scène ont été choqués de ce réflexe religieux contre-productif (l’attroupement nuisait à la respiration de la députée), mais ils hésitent à le dénoncer de peur d’être taxés d’intolérance. La principale intéressée a demandé à ce que son nom ne soit pas utilisé afin de préserver la confidentialité de son dossier médical.


«Pour être honnête, j’ai eu beaucoup de difficulté à garder mon sérieux, raconte au Devoir un des témoins. C’était tellement aberrant, envahissant et franchement irrespectueux. [...] On n’est pas habitués de voir cela dans notre pays.»


Il n’en reste pas moins que les députés de l’opposition sont de plus en plus mal à l’aise devant les manifestations de l’influence religieuse sur certains élus conservateurs dans le cadre des travaux parlementaires. Autre exemple: avant le déclenchement de la campagne électorale, le Comité permanent des ressources humaines menait une étude sur le soutien offert par Ottawa aux parents adoptifs. Le 17 février, quatre jeunes adultes adoptés comparaissent pour raconter leur expérience. Le député Maurice Vellacott prend alors la parole pour révéler qu’il a lui aussi été adopté.


«J’ai aussi une famille biologique affectueuse avec laquelle j’ai vécu toute ma vie. Quand je dis que j’ai été adopté, je veux dire que je l’ai été par un père céleste. Ainsi, même quand je suis loin de mes parents terrestres, dans d’autres régions du monde ou du pays, ma famille indéfectible veille toujours sur moi.»


M. Vellacott a ensuite évoqué le «lien de la foi». «Il est beaucoup question de l’adoption dans la Bible, un ouvrage que vous aurez peut-être l’occasion de consulter un jour. C’est pour cette raison que je suis très favorable à l’adoption et que je l’appuie entièrement. Dieu le père adopte les humains depuis des milliers d’années, bien avant… Qu’est-ce qui vient en premier, l’oeuf ou la poule, l’humain ou l’adoption divine? Je crois que c’est cette dernière qui précède tout. Pour cette raison, je crois que les membres du comité devraient favoriser l’adoption pour les principes fondamentaux sur lesquels elle repose.»


Au moins un député siégeant au comité s’est dit «estomaqué» et «choqué». «Nous n’avons pas à mêler religion et État», fait-il valoir.



Opus Dei


Alors que l’élection fédérale bat son plein, la question se pose toujours. Par exemple, Nicole Charbonneau Barron, une ancienne porte-parole du mouvement catholique ultraradical Opus Dei, est encore une fois candidate pour le Parti conservateur dans Saint-Hubert-Saint-Bruno.


La Twittosphère s’est enflammée la semaine dernière lorsque des usagers ont retrouvé un article de 2009 du Globe and Mail racontant que le ministre des Sciences et de la Technologie, Gary Goodyear, refuse de dire s’il adhère ou non à la théorie de l’évolution parce que cela relève de sa «religion».


La candidate conservatrice dans Compton-Stanstead, Sandrine Gressard Bélanger, fait parler d’elle sur la blogosphère à cause de sa façon d’invoquer «l’univers» pour régler ses problèmes d’argent. «On fait une demande à l’univers, on essaye d’être le plus précis possible dans notre demande et on dit merci à l’univers comme si c’était réglé.»


Récemment, l’émission Enquête de Radio-Canada a révélé que la militante religieuse Faytene Kryskow a obtenu du député conservateur Rob Bruinooge un laissez-passer de la Chambre des communes lui permettant de circuler librement dans l’édifice du parlement. Seulement 25 laissez-passer du genre sont en circulation. Mme Kryskow dirige 4MyCanada, un organisme prônant le retour aux valeurs traditionnelles au Canada, mais le tout enrobé dans une sauce mystique. Elle organise des prêches publics au cours desquels elle parle en «langues», une succession de sons insensés par lesquels l’Esprit Saint est censé se manifester. L’imposition des mains est fréquente. Mme Kryskow était présente au parlement le 13 mai 2010 pour filmer la conférence de presse de M. Bruinooge lançant la grande manifestation annuelle pro-vie.



Jason Kenney, l’avortement et le Klu Klux Klan


D’autres faits émergent à propos de l’actuel ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney. À titre de président du tribunal étudiant de l’University of San Francisco, il a été en 1989-1990 au coeur d’une controverse si grande qu’elle a eu des échos dans la presse régionale.


Au nom de ses principes catholiques, l’université avait tenté d’empêcher un groupe d’étudiantes en droit de distribuer des dépliants parlant d’avortement. Quand les jeunes femmes ont menacé d’intenter une poursuite judiciaire, l’université a reculé et adopté un code clarifiant les paramètres de la liberté d’expression sur le campus. Jason Kenney attaque sans relâche cette décision parce qu’elle mine les principes catholiques censés animer l’université. Dans un des textes d’opinion qu’il signe dans le journal de l’université, le Foghorn, le futur ministre explique sa position.


«On doit demander à ces valeureux défenseurs de la “liberté d’expression” s’ils seraient si actifs si c’était le Klu Klux Klan à qui l’université refusait l’accès. Si USF devait accepter ou appuyer les activités d’un groupe dont l’objectif est de légaliser le meurtre prénatal, sur quelle base pourrait-elle refuser une aide similaire à des groupes faisant la promotion du racisme? Sur quelle base refuserait-elle l’implantation d’une cellule Man-Boy Love Association qui demande la légalisation de la pédophilie? Sur quelle base pourrait-elle refuser l’accès à un club fasciste ou une cellule de l’Église de Satan? Seul un relativisme radical qui accorde plus d’importance aux règles qu’à la vérité pourrait justifier d’accepter de telles causes. Une telle approche n’a pas sa place dans une université catholique.»


Jason Kenney avait lancé une pétition demandant à l’Église de retirer son statut catholique à l’université. Au San Francisco Chronicle qui l’interrogeait sur ses motifs, M. Kenney avait répondu: «Si l’université n’est pas prête à offrir un environnement éducatif cohérent avec la foi catholique, elle devrait cesser de s’appeler “catholique”.» Au réseau CNN, M. Kenney avait dit que le groupe «détruit la mission de l’université». L’année précédente, M. Kenney avait tenté d’imposer la prière catholique au début de chaque rencontre du Sénat étudiant, mais l’initiative avait été défaite.


Au sein même de la direction de l’université, les activités du jeune Kenney et consorts étaient critiquées. Le San Francisco Bay Guardian avait publié en avril 1990 un article détaillant «le siège de la droite à USF». Un ancien professeur, Joseph Soehee, décrivait cette jeunesse illuminée ainsi: «Ils veulent le retour des années 50. Et par années 50, je ne veux pas dire les années 1950, je veux dire les années 1550: obédience, obédience, obédience.»


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Is the Christian right changing Canada?
Stephen Harper & The Armagedon Factor, The National

L’avis que vient de publier le Conseil du statut de la femme (CSF) (Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes) touche un sujet très sensible. Dans le contexte actuel où se déchaînent les passions autour de la question du voile intégral ou encore de celle des symboles et rituels religieux dans les institutions publiques (comme la prière du maire de Saguenay, Jean Tremblay), le CSF apporte une bouffée d’air frais dans la controverse qui oppose deux conceptions de la laïcité, qui sont à la fois deux visions antithétiques d’intégration des minorités et deux voies divergentes pour assurer l’égalité entre les hommes et les femmes.


Argumenté solidement, cet avis recense les questions, les problèmes et, surtout, il apporte des réponses cohérentes, constructives et dans le respect des droits des uns et des autres. La question de l’identité québécoise est alors replacée dans le contexte d’une société moderne et hors des sentiers du repli identitaire auquel nous ramène la bataille pour le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale.



La vision confuse de la «laïcité ouverte»


La réaction du maire de Saguenay à la décision du Tribunal des droits de la personne au sujet de la prière et du crucifix aux séances du conseil municipal rappelle une époque que l’on croyait périmée. Depuis la fin des années 60 et la Révolution tranquille, l’identité des Québécois ne repose plus sur l’association entre la nation et la religion. Nous sommes devenus des Québécois, délaissant l’appellation de Canadiens français catholiques.


Devant ces Québécois qui appuient l’appel du maire Tremblay, nous sommes nombreux à croire qu’une grande partie de la responsabilité de ce recul revient à la commission Bouchard-Taylor qui a fait la promotion de la «laïcité ouverte». Le reste de la confusion doit être attribué à l’inaction du gouvernement face à la nécessité d’enchâsser la laïcité dans la Charte des droits de la personne et de baliser les décisions des administrations publiques avec une Charte de la laïcité.


On se rappellera que la Commission avait été mise sur pied justement pour répondre aux demandes d’accommodements religieux qui soulevaient de plus en plus l’impatience des citoyens et surtout des citoyennes, car plusieurs de ces arrangements se faisaient au détriment des droits des femmes. On peut mentionner à titre d’exemple le refus d’intégristes religieux de faire affaire avec des employées féminines de la Société d’assurance automobile du Québec, ou encore la recommandation faite aux policières de la Ville de Montréal de se mettre en retrait lorsque le citoyen interpellé appartenait à un groupe religieux intégriste qui refuse la mixité.


Au lieu de prendre position en faveur de la laïcité dans l’espace civique (à savoir les institutions publiques comme les hôpitaux, les écoles, l’Assemblée nationale, etc.), la commission Bouchard-Taylor a décidé d’en faire un débat sur l’intégration des personnes immigrantes et d’ouvrir grand les bras à toutes les manifestions religieuses venues d’ailleurs telles que le hidjab, le kirpan, le turban, les prières sur les lieux de travail, les congés supplémentaires, la non-mixité des piscines, etc. Mais par la même occasion, la Commission s’est empressée de demander à la société d’accueil de cacher tous ses crucifix, soudainement devenus des manifestations d’un manque d’ouverture au pluralisme.



Confusion et dérapages


De même, la protection des libertés religieuses et des droits individuels a été présentée comme le meilleur moyen d’intégration des minorités, banalisant du même coup des symboles de l’oppression des femmes tel le hidjab. Ces positions, d’ailleurs partagées par le Bloc québécois, Québec solidaire et la Fédération des femmes du Québec, ont fait en sorte que plusieurs Québécois ne se sentent pas écoutés dans leurs aspirations légitimes et se tournent de plus en plus vers les traditionalistes qui invoquent le patrimoine pour camoufler le retour du religieux dans l’espace civique.


C’est d’ailleurs le même phénomène qui explique qu’en Europe, l’extrême droite se présente comme la réponse aux peurs et frustrations de populations confrontées au chômage, à la crise économique et financière et aux doutes face à l’immigration. Confusion, zizanie et risques de dérapages xénophobes sont au rendez-vous.



Une vision claire de la laïcité


Par opposition, le CSF explique éloquemment qu’il ne peut y avoir de cohésion sociale sans le respect des trois valeurs fondamentales sur lesquelles se fonde le Québec moderne, à savoir la primauté du français, la séparation entre les sphères politique et religieuse et enfin, l’égalité entre les femmes et les hommes. Le CSF nous rappelle que la laïcité qui assure la protection de la liberté et de l’égalité entre toutes les citoyennes et citoyens ainsi qu’entre toutes les religions n’est pas reconnue officiellement et que le gouvernement doit corriger cette situation.


L’autre mérite du CSF, c’est d’avoir mis le doigt sur ce qui cloche dans l’approche anglo-saxonne jusqu’à présent utilisée au Canada et conséquemment imposée par la Cour suprême et entérinée par plusieurs de nos institutions. Selon le CSF, «[...] en favorisant les droits individuels sans présenter de contrepoids en ce qui concerne les valeurs collectives, la “laïcité ouverte” enferme la société dans une logique individualiste qui ne permet pas de contrer la politisation des religions qui prend la forme de l’intégrisme ou de la droite religieuse». En ouvrant la porte aux manifestations sexistes sous le couvert de la liberté de religion, la «laïcité ouverte» entrave la marche vers l’égalité réelle entre les sexes.


Par contre, en interdisant le port de signes religieux ostentatoires pour ses employés, l’État crée un espace où ceux-ci peuvent se soustraire aux pressions sociales, culturelles et religieuses qui s’exercent sur eux. C’est tout particulièrement le cas des femmes en raison du statut inférieur qui leur est réservé dans les religions. Ainsi, le visage de neutralité de l’État sera apparent et conforme à ce qu’il doit être dans une société pluraliste. [...]


Au moment où les chantres de la «laïcité ouverte» s’apprêtent à tenir en mai prochain leur Symposium sur l’interculturalisme sous la direction de Gérard Bouchard, cet avis du CSF arrive à point nommé pour mettre en lumière le recul important que représente pour les droits des femmes la réintroduction du religieux dans les institutions publiques.



Michèle Sirois – Anthropologue et spécialiste en sociologie des religions et Bernard La Rivière – Docteur en théologie et membre du comité laïcité de Québec solidaire (Les auteurs sont tous deux porte-parole de la Coalition Laïcité Québec)

Le Devoir


A study using census data from nine countries shows that religion there is set for extinction, say researchers.


The study found a steady rise in those claiming no religious affiliation.


The team’s mathematical model attempts to account for the interplay between the number of religious respondents and the social motives behind being one.


The result, reported at the American Physical Society meeting in Dallas, US, indicates that religion will all but die out altogether in those countries.


The team took census data stretching back as far as a century from countries in which the census queried religious affiliation: Australia, Austria, Canada, the Czech Republic, Finland, Ireland, the Netherlands, New Zealand and Switzerland.


Their means of analysing the data invokes what is known as nonlinear dynamics – a mathematical approach that has been used to explain a wide range of physical phenomena in which a number of factors play a part.


One of the team, Daniel Abrams of Northwestern University, put forth a similar model in 2003 to put a numerical basis behind the decline of lesser-spoken world languages.


At its heart is the competition between speakers of different languages, and the “utility” of speaking one instead of another.


“The idea is pretty simple,” said Richard Wiener of the Research Corporation for Science Advancement, and the University of Arizona.


“It posits that social groups that have more members are going to be more attractive to join, and it posits that social groups have a social status or utility.


“For example in languages, there can be greater utility or status in speaking Spanish instead of [the dying language] Quechuan in Peru, and similarly there’s some kind of status or utility in being a member of a religion or not.”


Dr Wiener continued: “In a large number of modern secular democracies, there’s been a trend that folk are identifying themselves as non-affiliated with religion; in the Netherlands the number was 40%, and the highest we saw was in the Czech Republic, where the number was 60%.”


The team then applied their nonlinear dynamics model, adjusting parameters for the relative social and utilitarian merits of membership of the “non-religious” category.


They found, in a study published online, that those parameters were similar across all the countries studied, suggesting that similar behavior drives the mathematics in all of them.


And in all the countries, the indications were that religion was headed toward extinction.


However, Dr Wiener told the conference that the team was working to update the model with a “network structure” more representative of the one at work in the world.


“Obviously we don’t really believe this is the network structure of a modern society, where each person is influenced equally by all the other people in society,” he said.


However, he told BBC News that he thought it was “a suggestive result”.


“It’s interesting that a fairly simple model captures the data, and if those simple ideas are correct, it suggests where this might be going.


“Obviously much more complicated things are going on with any one individual, but maybe a lot of that averages out.”



Jason Palmer (Science and technology reporter)
BBC News, Dallas


March 24, 2011 on Fox News


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John Joseph (Cro-Mags) fait apparemment parti du nombre (hashtag léger malaise):


John Joseph on Japan disaster: “Killing is killing”
Punknews.org, Saturday April 2 2011


In a new interview with Approaching Oblivion, John Joseph of Cro-Mags was asked his thoughts on the recent Japan earthquake/tsunami, and had some interesting things to say about it to say the least:


“Let me say this. Collective karma exists and Japan has been going all over the world cutting the fins off of sharks, killing whales, dolphins, and absolutely bleeding the ocean and over fishing. You know what? The ocean came back ashore, man. Killing is killing. Let’s get down to the basics. It’s the universal law of karma. All the countries maintaining slaughterhouses, killing billions of animals every year this is just one big pressure cooker that is getting ready to go off.


I’ve always been an outspoken dude and people may or may not agree with me, but I can’t please everybody. I just got to speak what I know to be truth.”


Joseph has been vegan for 30 years and has been involved with the Hare Krishna movement for some time.

Liturgie Apocryphe

"The production of nervous force is directly connected with the diet of an individual, and its refining depends on the very purity of this diet, allied to appropriate breathing exercises.

The diet most calculated to act effectively on the nervous force is that which contains the least quantity of animal matter; therefore the Pythagorean diet, in this connection, is the most suitable.

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The main object was to avoid introducing into the organism what Descartes called 'animal spirits'. Thus, all animals that had to serve for the nourishment of the priests were slaughtered according to special rites, they were not murdered, as is the case nowadays".